LE MISANTHROPE

NOTE D'INTENTION

" Encore une fois, après Roméo et Juliette, Othello, Andromaque et même le Fil à la Patte ou On purge Bébé, Le Misanthrope est l’histoire d’un couple impossible. L’histoire de deux êtres qui s’aiment mais que la société sépare.
L’analyse habituelle de la pièce nous montre un Alceste amoureux et sincère qui se bat contre l’hypocrisie généralisée face à une Célimène qui se moque de tout le monde sans vergogne.
On peut voir en Célimène une simple coquette médisante, mais ce serait minimiser la profondeur de l’écriture de Molière et la complexité de son analyse. Célimène est une jeune veuve qui brille par son indépendance, son envie de liberté, sa volonté de jouir de la vie, d’être entourée. Elle a la chance d’avoir le talent de la répartie, elle en use et abuse pour vivre entourée, courtisée.
Mais elle est tiraillée entre la société mondaine et tous ses avantages, et l’amour exclusif que lui demande Alceste. Elle l’aime, oui, mais ne veut pas de la prison qu’il lui propose.
Alceste, lui, s’appuyant sur sa franchise, son honnêteté, se pense dans son bon droit en exigeant d’elle de cesser de recevoir, de n’être qu’à lui. Il l’aime sincèrement, mais leurs intérêts sociaux divergent. Nous sommes au cœur du combat entre l’individu et le couple, Célimène doit-elle être femme indépendante avant d’être celle d’Alceste ? Ou doit-elle se soumettre à Alceste avant que d’être femme ?
Evidemment la réponse semble toute trouvée et nous défendrons la liberté de Célimène face à tout asservissement, mais là où Molière nous piège et nous questionne, c’est sur ce que Célimène fait de sa liberté, en l’habillant de médisance et de paraître, il nous demande réellement si nous voulons toujours de sa liberté. Il nous questionne sur nos valeurs et leur hiérarchie.
Molière choisira de faire partir Alceste dans son désert, seul, et de laisser Célimène à Paris, seule aussi, mais libre.
C’est dans ces endroits que cette pièce si souvent montée est passionnante et intemporelle. A chacun de s’en emparer et de se questionner sur ces choix.

Nous choisirons de défendre la liberté de Célimène par-dessus tout.

Par les thèmes de l’hypocrisie et de la médisance, Molière nous renvoie incessamment à nous : Qui de nous ne vit pas entouré d’hypocrisie ? Qui n’est jamais tenté de céder à la médisance ?
Mais là où un auteur nous ennuierait par une démonstration laborieuse, Molière libère son génie comique dans cette pièce qu’il prit le temps d’élaborer (plus de 2 ans de gestation, ce qui est exceptionnel dans son œuvre). Alceste est certes ce défenseur de la franchise mais son caractère ombrageux et la rencontre avec le monde superficiel des courtisans nous donne de vrais moments de comédie, de rire franc. C’est là où Molière excelle, dans la construction d’une galerie de personnages, qui va du ridicule d’Oronte, à la tartufferie d’Arsinoé en passant par la crasse prétention des deux Marquis, Acaste et Clitandre. Il glisse aussi Philinte et Eliante, qui semblent eux seuls réussir à concilier leur vie sociale et leur honnêteté, deux êtres humains qui réussissent à survivre sans compromissions au milieu de ces « animaux ».
L’idée maîtresse de la mise en scène sera de faire entendre les résonnances de la pièce aujourd’hui, il n’y aura ni costumes historiques, ni décors naturalistes mais des citations, des références. Nous serons dans un univers familier mais légèrement distancé pour nous permettre d’entendre Molière, de rire, sans jamais oublier que si les époques changent, les travers humains demeurent, et qu’ensemble nous devons garder une douce vigilance."

Anthony MAGNIER