Création - Avril 2016



On Purge Bébé !

de Georges Feydeau

Mise en scène : Anthony Magnier

 

 

Je n’arrive pas à résister, c’est plus fort que moi, c’est un plaisir coupable, une addiction peut-être, depuis que j’ai monté « Un fil à la patte » en 2014, je crois que Feydeau m’a attrapé.
J’ai beau être en pleine création d’Othello, à peine sorti d’Andromaque, entouré de ces monstres qui m’attirent autant qu’ils m'horrifient, me questionnant continuellement sur leurs motivations, m’émerveillant sur le génie visionnaire de Shakespeare, la langue de Racine, hier soir, je n’ai pas pu m’en empêcher, j’ai ouvert "mon Feydeau" et j'ai relu
« On purge bébé ».
Et là
J’ai ri
J'ai ri
Oui, tout seul, mon livre à la main j'ai ri
Certains pourraient y voir le rire désespéré du metteur en scène étouffant au milieu de ses tragédies sombres et sanglantes - Oh, il y a sûrement peut-être un peu de cela.
Mais ce serait mal connaître Feydeau
Quel auteur, quel talent

Feydeau n’aura pas eu la même reconnaissance que Shakespeare, la même aura que Racine mais dans son registre il les égale largement
Jouée pour la première fois il y a 105 ans, cette pièce n’a presque pas pris une ride

Je pourrais vous dire que j'y vois une acerbe critique sociale, un regard désespéré sur le couple, les prémices de la femme moderne, un libéralisme naissant qui déstructure les liens familiaux, la critique de l’enfant-roi, et tout un tas de choses qui émanent de cette écriture
Mais ce serait un peu vous mentir
Non, je veux monter cette pièce pour rire et pour vous faire rire
Pour ressentir encore et encore ce bonheur de voir des centaines de personnes exploser de rire sur leur fauteuil
Car nous avons autant besoin de tragédies que de comédies
Car l’une donne de la force à l’autre
"On purge Bébé" est une de ces gourmandises qui nous font tant de bien
Il ne s’agit pas d’une vulgaire pâtisserie achetée au coin d’une rue dans une sombre boulangerie de seconde zone, non, Feydeau c’est du haut-vol, du trois étoiles, de la profiterole de luxe.
Il était le seul à pouvoir partir d’un contexte aussi trivial (la constipation d’un enfant) sans jamais tomber dans la vulgarité.
Car il tient son sujet ; son sujet, c’est nous : nos petitesses, nos prétentions, nos colères, nos fatigues, nos médiocrités, nos enfermements, nos bêtises, c’est pour cela qu’il nous fait tant rire. Il nous parle de nous, il nous fait rire de nous, il nous réconcilie avec nous-mêmes.
Alors, pour la deuxième fois, nous allons partir à sa rencontre et lui demander de nous accompagner pour ce bout de chemin.
Je ne peux pas vous dire encore à quoi va ressembler le spectacle, mais je peux vous assurer que nous allons le savourer ensemble, et qu’il y a de grandes chances qui nous y prenions beaucoup de plaisir, un peu coupable peut-être, mais tellement nécessaire.

Anthony Magnier - mai 2015